HISTOIRE DU CAFÉ EN GUADELOUPE

PARTICULARITÉ :
Le café de la Guadeloupe, de l'espèce arabica, compte tenu du climat, de l'altitude et de la latitude, est un des meilleurs du monde.

DESCRIPTION :

Des trois espèces de caféier cultivées à la Guadeloupe appartenant à la famille des Rubiacées, Coffea arabica L. (café arabica), Coffea canephora (café robusta), Coffea liberia (café (libéria), le caféier arabica est le plus cultivé. II est originaire des montagnes de l'Éthiopie, entre 1 500 et 2 000 m d'altitude. C'est un arbuste de 1,20 à 5 m appelé café nappe ou café gaulette selon la taille, aux rameaux grêles et flexibles. Les feuilles de 5 à 20 cm de long sur 2 à 7 cm de large, sont simples, entières, brillantes et elliptiques.
Les fleurs, de mai à septembre, sont blanches et odorantes et donnent des fruits en 7 à 11 mois. Ces fruits sont des drupes (fruits à noyaux ovoïdes) de 1 à 1,5 cm de diamètre sur 1,6 à 1,8 cm de long, appelées " cerises " à cause de leur forme et de leur couleur.
Chaque fruit est constitué d'une peau rouge à maturité, d'une pulpe charnue blanc jaunâtre et de 2 graines (ou fèves) accolées par leur face plane. Chaque graine est protégée par 2 enveloppes ; la première (parche) est mince et à texture scléreuse, la seconde (pellicule argentée) est une très fine membrane plus ou moins adhérente à la graine.

Les graines avant transformation sont de couleur gris jaunâtre à gris bleuté ou gris verdâtre, selon les variétés. Elles présentent une partie bombée et une partie plane parcourue par un sillon et, après torréfaction, sont de couleur brun foncé à noir.

HISTORIQUE :
En 1722, le père Labat classait encore le café parmi les cultures qu'il conviendrait d'établir dans le Nouveau Monde. Dans la nouvelle édition de son Voyage aux îles Françoises de l'Amérique paru cinquante ans plus tard, il constate que ce qu'il avait recommandé " s'est accompli depuis quelques années au grand profit de nos Habitants des Isles ". Les premiers plants en provenance du Surinam hollandais furent importés à Cayenne dès 1723 et la réussite de l'expérience donna des idées aux planteurs antillais, dont les cacaoyers avaient été détruits par le cyclone de 1718. C'est peu après que furent importés en Martinique un ou deux pieds de caféiers du jardin des Plantes de Paris.
La Guadeloupe aussi produisait et exportait du café au XVIIIe siècle ; la culture connut son apogée en 1775 avec une production proche de 7000 Tonnes pour 19 millions de pieds de café répartis sur toute la Guadeloupe. Puis, en 1820, une maladie décima les caféiers de la Grande-Terre, les producteurs ne les remplacèrent pas et une quinzaine d'années plus tard, la production guadeloupéenne ne s'élevait plus qu'à 1 000 tonnes : toujours 36 fois plus que de cacao, mais 36 fois moins que de sucre.

L'explosion sucrière fait reculer les caféiers tout au long du XIXe siècle; en 1898, la Seigneurie est bien forcé de constater que " la culture a beaucoup décru " et que " l'exportation est descendue de 40 000 quintaux à 10 000 environ ". En 1910, Domont notait qu'en Guadeloupe, on trouvait toujours des fèves " analogues à celles du Martinique ", mais plus grosses et plus longues.

On distingue deux espèces: l'Habitant, qui a tous les cafés de la Guadeloupe et beaucoup de Porto Rico sont vendus comme Martinique " ! Pourtant, note Eugène Revert, l'Arabica a progressivement cédé la place en Martinique au "Liberia ", beaucoup plus robuste et productif encore que donnant un produit de qualité moindre. L'Arabica cependant s'est maintenu dans les plantations guadeloupéennes dont l'importance est demeurée beaucoup plus considérable puisque, d'après une estimation de 1946, elles couvriraient encore près de 4 000 ha. Toujours selon Revert, cette production continuait à chuter et ne représentait en 1968 que 150 à 200 tonnes, l'essentiel étant consommé sur place.

LE CAFE DANS LE MONDE

Arrivé d'Arabie en Europe au 16ème siècle, le café sera de là transplanté dans les Colonies d'Amérique, d'Afrique, d'Asie et d'Océanie. Le café pousse en zone équatoriale.
Sa qualité dépend :
- Du plant. Deux grandes familles
Le ROBUSTA
Il est comme son nom l'indique robuste et il est planté dans toutes les zones de climat humide et chaud (à faible altitude). Produisant de façon rustique un café très vigoureux, son utilisation va décroissant dans nos pays d'Europe.
L'ARABICA
De culture plus délicate, exige soins et conditions climatiques précises (de fait, comme pour le vin, c'est aux zones extrêmes de culture possible que se rencontrent les meilleures productions). L' Arabica se décline lui-même en différentes variétés.
- Du sol.
La diversité géologique, comme pour les cépages, a une influence évidente sur le type et la qualité du café.
- De l'altitude
Le caféier pousse du niveau de la mer à une altitude élevée (2000 m). Les Arabica se rencontrent entre 1000 et 2000 m.
- De la préparation
Avant même d'être torréfié, le café est préparé par le caféiculteur qui enlève la pulpe de la cerise pour dégager le grain. Cela peut être réalisé par voie sèche (simple séchage de la cerise au soleil des tropiques) ou, plus subtilement, par voie humide. Une légère fermentation contrôlée permet alors de faire éclore toutes les subtilités du café.

Le café fait vivre plus de vingt millions de personnes dans le monde. Souvent produit par des propriétaires exploitant de petites surfaces (sauf dans les zones où une mécanisation est possible), le café est malheureusement soumis à spéculation et fluctuations financières qui mettent à mal l'économie des pays dépendants de façon trop importante de ce produit.

UN BREUVAGE EN OR

"Le café est l'or de l'homme ordinaire et, comme tel, il procure à chaque homme un sentiment de luxe et de noblesse. Quand le café est servi, se dégagent grâce, splendeur, amitié et bonheur. Tous les soucis s'évanouissent dès que l'on approche la tasse de café de ses lèvres"
Cette citation de Sheikh Abd al-Kadir, écrite en 1587, exprime les sentiments de milliers de buveurs de café dans le monde. Toutes les légendes sur les origines du café racontent l'aventure de Kaldi, un tranquille et sérieux chevrier abyssin. Une nuit, il s'inquiéta de ne pas voir ses chèvres rentrer à la bergerie. Parti à leur recherche, il les trouva dansant, cabrées sur les pattes arrière, près d'un arbuste dont elles mâchaient tranquillement les baies. Ces baies semblaient leur avoir donné une étrange énergie, qu'il ne leur connaissait pas auparavant. Il les goûta à son tour, et s'aperçut qu'elles lui procuraient la même vigueur.

Sa femme l'encouragea à porter ce merveilleux "cadeau des cieux" au monastère voisin. Mais les réactions de l'abbé ne furent pas aussi enthousiastes et il jeta les baies au feu, les désignant comme "l'oeuvre du diable". L'odeur dégagée par les baies en train de griller dans les flammes poussa néanmoins les autres moines à chercher l'origine de ce merveilleux parfum : les fèves de café furent récupérées dans les cendres et conservées. L'abbé révisa alors son jugement, et suggéra de les tremper dans l'eau pour voir quel type d'infusion elles donneraient ; les moines découvrirent bien vite que le breuvage les gardait éveillés pendant les prières et les périodes de méditation.
La nouvelle des fabuleuses vertus de la boisson se propagea de monastère en monastère, et gagna bientôt le monde entier. Une autre légende raconte que Sheikh Omar fut banni dans les montagnes pour des écarts de conduite à la cour, et contraint de vivre dans des contrées sauvages. En goûtant des fruits et des baies, il découvrit que celles du caféier le guérissaient de certaines maladies. À son retour d'exil, il cultiva cette merveilleuse plante à partir de quelques graines. Il deviendra de ce fait le saint patron des planteurs de café.

DEPUIS L'ÉTHIOPIE

Des éléments botaniques suggèrent que le caféier serait originaire de l'Éthiopie centrale (où des pieds sauvages poussent encore à plusieurs centaines de mètres d'altitude). Personne ne semble savoir exactement quand et où l'on y but le premier café. D'après certains témoignages, on en aurait bu en Éthiopie dès le milieu du XVe siècle. On sait aussi qu'à peu près à la même époque on le cultivait au Yémen, avec l'autorisation des autorités. Ce sont peut-être les Perses qui font apporté lorsqu'ils envahirent cette région, au début du XVIe siècle.

Le café devenant de plus en plus populaire, de riches particuliers se mirent à installer chez eux des pièces spécialement réservées à la consommation du café. Des maisons exclusivement consacrées à la dégustation du café commencèrent à apparaître dans les villes. À La Mecque, le premier de ces établissements ouvrit ses portes entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle. À l'origine centres de rassemblements religieux, les vastes pièces où les clients s'asseyaient sur des nattes en paille ou des coussins posés à même le sol devinrent des lieux où l'on jouait de la musique, où l'on chantait et dansait, où l'on jouait aux échecs et au trictrac, où l'on débattait, où l'on faisait du commerce.

Leur popularité se propagea jusqu'au Caire, à Constantinople et dans tout le Proche-Orient. Mais les dévots musulmans désapprouvaient toutes les boissons enivrantes, y compris le café, et considéraient que ces centres constituaient une menace pour les pratiques religieuses. Devenus trop populaires, ces lieux de détente et de plaisir furent souvent attaqués et mis à sac par des religieux fanatiques. Certains gouvernements revinrent à la prohibition du café et infligèrent de terribles punitions aux buveurs de café : ils étaient battus, ou parfois même jetés dans le Bosphore enfermés dans un sac en cuir.

JUSQU'AU BOUT DU MONDE

Quand, en 1656, le grand vizir ottoman Kaprili annula cette législation répressive, le reste du monde était déjà initié aux plaisirs de la nouvelle boisson et la savourait dans des endroits spécialement consacrés à sa dégustation. Tandis que les Arabes s'évertuaient à mettre un terme à la culture du café en l'éradiquant de la région, des voyageurs et des marchands parvinrent à en ramener chez eux. C'est ainsi que la plante fut cultivée en Inde et, dit-on, à Ceylan, au début du XVIe ou du XVIIe siècle. On raconte qu'un pèlerin musulman du nom de Baba Budan serait allé jusqu'à cacher des graines sur son ventre pour les passer en fraude depuis l'Arabie jusque dans le sud de l'Inde, où il les planta. Il serait ainsi à l'origine de la première plantation indienne.
Pendant ce temps, des marchands hollandais, français et italiens tentèrent probablement d'introduire la culture du café outre-mer. Les Hollandais furent les premiers à lancer une production à Ceylan en 1658, puis à java en 1699. À partir de 1706, ils exportèrent le premier café de java et étendirent leur production dans les autres parties de l'Indonésie. En 1714, ils offrirent à Louis XIV un caféier qu'il planta dans une serre à Versailles. Quand les fruits poussèrent, les graines furent semées et des plants envoyés vers l'île Bourbon, l'actuelle Réunion. La variété de caféiers qui se développa à partir de ce premier arbre cultivé à Paris fut appelée Bourbon.

Cette "plante mère" est à l'origine de tous les pieds de Santos poussant actuellement au Brésil et d' Oxaca cultiv
és au Mexique. Peu à peu, au cours du siècle suivant, des plantations furent établies dans différentes contrées d'Amérique du Sud, à la Jamaïque, en Amérique centrale et, plus tard, en Afrique. C'est ainsi que la boisson appelée qahwah par les Arabes, et qu'ils utilisèrent d'abord pour rester éveillés pendant les méditations religieuses, devint cette agréable boisson présente dans toutes les autres parties du monde.

 

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