COMMENT LE BUVEZ-VOUS?

Aussi nombreuses que les recettes de café sont les façons de le nommer. En voici quelques unes, courantes ou rares, françaises ou étrangères : elles forment un petit vocabulaire anecdotique du café et de son usage.

 

 

 


Brûlot : dans la marine ancienne, un brûlot était une machine de guerre, une embarcation sans équipage que fora chargeait de matières inflammables avant d'y mettre le feu et de la lancer sur les navires ennemis, avec l'espoir que l'incendie s'y communiquerait. Un brûlot au café n'a pas cet usage guerrier : c'est un grog flambé à base de café, de rhum et d'épices. S'il n'a pas pour but de mettre le feu aux poudres, sa chaleur est cependant communicative, et fort efficace contre les rigueurs de l'hiver.
 

Caoua : cet emprunt à l'arabe est sans doute une conséquence linguistique indirecte de la colonisation de l'Algérie. Le mot est attesté en français depuis 1883.
 

Café viennois : un café enrichi de crème fouettée, à déguster en écoutant des valses de Strauss... Porcelaine et argenterie sont indispensables, raffinement oblige !
 

Café turc : se sert et se boit brûlant dans de toutes petites tasses. Pour le préparer, on fait chauffer ensemble Peau, le sucre et la poudre de café (très fine, presque impalpable) dans un récipient spécial en forme de tronc de cône. On laisse donner successivement trois brefs bouillons, entre lesquels on retire un instant le mélange du feu. La troisième fois, on laisse se former une écume à la surface. . Une goutte d'eau froide jetée dans le café bouillant précipite le marc au fond du récipient. Il ne reste plus alors qu'à servir avec précaution...
 

Cappuccino : une des plus célèbres spécialités italiennes, aussi fameuse et délicieuse que l’espresso. Il s'agit d'un café au lait mousseux dont l'écume est obtenue en réchauffant le lait grâce au jet de vapeur de la machine à café. Il doit son nom ("le capucin") à sa couleur marron doré, qui évoque celle de la bure dont sont vêtus les Franciscains. On peut y ajouter une touche d'exotisme en saupoudrant la surface d'une pincée de cacao ou de cannelle en poudre
 

Crème : c'est?à?dire "café crème". On précise souvent "grand" ou "petit". Naturellement, les croissants en sont l'accompagnement obligé. C'est tout simplement le nom que prend le café au lait quand il est servi dans un bar.
 

Débéloire : sorte de cafetière. Le mot est une déformation populaire de ce que Grimod de La Reynière appelle "l'immortelle cafetière à la de Belloy" : une cafetière à filtre inventée au début du XIXe siècle et dans laquelle la France entière prépara son café pendant des décennies. Dans les romans de Giono, le café ne se fait que dans la "débéloire".
 

Demi-tasse : une coutume de la Belle Époque dont le souvenir se perpétue à la devanture de certains vieux bistrots qui ont gardé leur décor d'antan : "Demi-tasse, S centimes. " C'était une tasse plus petite que les tasses habituelles, utilisée pour servir un café à l'eau et qui formait la moins chère des consommations. Le même nom a été donné, par analogie, à un modèle de cigare : non pas un cigarillo, mais un cigare de forme traditionnelle et de taille réduite.
 

Faire son café : en Normandie, "faire" son café, c'est verser au fond de la tasse à café encore chaude, et où subsiste un peu de café sucré, une rasade de calvados. Ce traitement attiédit et adoucit le rude alcool de pommes, dont le parfum se marie parfaitement avec celui du café.
 

Gloria : un des nombreux noms du café arrosé d'alcool. Littré ajoute : "Le gloria est ainsi dit, probablement, parce que, comme le gloria patri se dit à la fin des psaumes, ce gloria d'un autre genre est la fin obligée d'un vrai régal populaire. "
 

Irish coffee : le café irlandais, enrichi de whiskey (et non de scotch) et surmonté d'une couche de crème fleurette : de quoi vous faire voir des elfes sur la lande ! C'est en tout cas un bon moyen de lutte contre la mélancolie et la fraîcheur de l'air...
 

Jus : c'est le café militaire, inoubliable disent tous ceux qui l'ont goûté... Il est apparu dans la langue à peu près en même temps que le caoua.
 

Mazagran : écoutons Littré : "Breuvage dont le nom et l'usage datent de l'héroïque défense de Mazagran, en Algérie, par le capitaine Lelièvre ; on sert dans un verre profond du café noir, avec une cuiller à long manche, pour mêler le sucre et l'eau, et quelquefois l'eau?de?vie, que le consommateur ajoute.
 

Moka : le nom de ce café originaire de la région de Moka, en Arabie, est resté depuis les origines un symbole d'excellence en matière de café. Voltaire écrivait
« il mûrit à Moka, dans le sable arabique , ce café nécessaire au pays des frimas ».
Le gâteau qui porte le même nom est un "biscuit fin" garni de crème au beurre parfumée à l'essence de café (ou, paradoxalement, au chocolat). De création relativement récente, il n'apparaît dans les dictionnaires qu'au XXe siècle.
 

Petit noir : c'est l'espresso à la française, celui qu'on avale en vitesse au comptoir, au moment de la pause café. Un produit imprévisible dont la qualité varie énormément d'un établissement à l'autre.
 

Réponse de Normand : ainsi pourrait-on qualifier cette définition du Dictionnaire encyclopédique de l'épicerie (1904)
"Au point de vue du rôle hygiénique, nutritif et alimentaire du café, l'opinion des médecins, des savants et des économistes est extrêmement variée. Si ses diverses qualités ne sont pas appréciées de façon identique par tous, elles sont cependant rarement niées." Plus de quatre-vingts ans après, la même prudente réserve reste générale. En d'autres termes, le café fait du bien à ceux qui l'aiment à condition de ne pas en abuser...
 

Rincette : avec quoi rincer une tasse à café, sinon avec un peu d'alcool, qui se réchauffe agréablement au contact de la porcelaine encore tiède. De rincette en rincette, l'atmosphère est de plus en plus amicale : on n'a plus envie de se quitter... C'est pourquoi la dernière rincette, le coup de l'étrier, s'appelle "la déchirante" !
Serré : quand on parle de café, "serré" s'oppose à "long".
Est serré l'espresso très fort, préparé avec très peu d'eau. Le mot et l'usage sont d'ailleurs empruntés directement à l'italien : selon la quantité d'eau employée, le café est dit lungo ou ristretto.
 

Vert : le grain de café non torréfié est appelé vert. Sa couleur va en fait "du vert le plus foncé au jaune pâle, en passant par toutes les teintes intermédiaires, dans lesquelles prennent place un mélange de nuances marron, gris et bleuté. Les cafés de Moka ont une sorte de transparence ambrée qui leur est particulière" (extrait du Dictionnaire encyclopédique de l'épicerie).

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